Fondation Mira, 2001
La dysplasie de la hanche est une anomalie de développement (dysplasie) de la hanche (articulation coxofémorale). Elle a été documentée chez plusieurs espèces, incluant le chien, le chat et l’homme. C’est la maladie orthopédique la plus diagnostiquée chez le chien. Contrairement à l’homme, le chien naît avec une hanche normale, mais pendant la période de croissance apparaissent des changements pathologiques qui mèneront éventuellement à une dégénérescence articulaire (arthrose coxofémorale). Malgré les programmes bien établis de dépistage de la dysplasie de la hanche et une sélection rigoureuse des chiens reproducteurs, cette maladie continue d’avoir un impact économique et émotionnel important pour les éleveurs et les propriétaires de chiens. La dysplasie de la hanche est une maladie complexe et encore aujourd’hui, plusieurs questions demeurent sans réponse.
La hanche normale
L’articulation coxofémorale est formée du col fémoral, de la tête fémorale et de l’acétabule. Leur stabilité ainsi que leur bon fonctionnement sont assurés par la conformation propre de cette articulation (‘ball-and-socket’) et par l’effort concerté de la masse musculaire (extenseurs, fléchisseurs, adducteurs, abducteurs et rotateurs), de la capsule articulaire et du ligament de la tête du fémur. Lorsque le membre est mis en charge (appui) il y a transmission des forces, du fémur vers le bassin, par le biais de la tête fémorale et de l’acétabule. Il y aura répartition des forces et des stress au niveau de la surface articulaire coxofémorale chez le chien normal. Le cartilage articulaire assure l’absorption des chocs tout en permettant un ‘glissement fluide’ des surfaces articulaires.
La hanche dysplasique
Le chiot génétiquement prédisposé à la dysplasie de la hanche naît avec des hanches normales. Avec la croissance, apparaissent des changements pathologiques qui mèneront, à plus ou moins long terme, à une dégénérescence articulaire. Dès le jeune âge, on note l’apparition d’une laxité articulaire (hanche lâche) chez la majorité des chiens dysplasiques. Cette laxité articulaire coxofémorale est un facteur prédisposant significatif dans le développement de la dysplasie de la hanche. Elle représente le début de la cascade de tous les évènements qui mèneront à la dégénérescence articulaire. La laxité coxofémorale aura pour conséquence une répartition anormale des forces entre le fémur et l’acétabule et une concentration subséquente des stress à certains points précis de la surface articulaire. Il y aura simultanément étirement progressif de la capsule articulaire et du ligament de la tête fémorale. Le cartilage articulaire subit des changements pathologiques irréversibles et perd sa capacité d’absorption des chocs. Le processus d’arthrose est enclenché. La cause exacte de cette laxité articulaire n’est pas encore connue. Plus encore, il n’est pas expliqué pourquoi certains chiens, démontrant une laxité importante en jeune âge, ne développent jamais d’arthrose, alors que d’autres, avec moins de laxité, évoluent vers une dégénérescence articulaire.
En règle générale, plus la laxité coxofémorale est importante, plus grandes seront les chances que cette hanche se développe anormalement. L’inverse est aussi vrai, plus la hanche est stable, meilleures seront ses chances de se développer normalement.
But de l’étude
L’étude a pour but d’améliorer la détection précoce (avant l’apparition des symptômes) de la dysplasie de la hanche chez le chien, de façon à minimiser le stress émotionnel et économique pour le propriétaire et à optimiser le traitement des sujets atteints.
Objectifs
Phase 1 : Standardiser une technique de palpation des hanches (méthode d’Ortolani pour la mesure de l’angle de réduction) et une technique radiographique spécifique (vue du rebord acétabulaire dorsal), de sorte qu’elles puissent être réalisées aisément et de façon prévisible par différents praticiens.
Phase 2 : Déterminer l’efficacité et la fiabilité de ces deux procédures diagnostiques à prévoir l’évolution des hanches d’un chien en croissance.
Phase 1
Matériel et méthode
53 chiens de la fondation Mira (Labradors retrievers, Bouviers bernois, Labernois) ont été examinés, palpés et radiographiés à l’âge de 6 mois.
Palpation (méthode d’Ortolani) et mesure de l’angle de réduction (AR) :
le patient est placé en décubitus dorsal (dos), les fémurs (cuisses) perpendiculaires à l’axe de la colonne vertébrale, les genoux accolés l’un à l’autre. Le manipulateur se place derrière l’animal, une main sur chaque genou. Une légère pression est appliquée dans l’axe du fémur, vers l’acétabule (vers la table), tout en effectuant une abduction progressive et simultanée des fémurs (écartement des cuisses). Le test est négatif si aucun ‘cloc’ n’est perçu et il est positif s’il y a perception d’un ‘cloc’ lors de l’abduction. L’angle de réduction (AR) correspond à l’angle mesuré (goniomètre électronique) entre le fémur et la verticale au moment de la perception du ‘cloc’ (figure ci-dessous).
Mesure de la pente acétabulaire (PA) à partir de la projection radiographique RAD (vue du rebord acétabulaire dorsal) : le patient est en décubitus ventral (ventre), les pattes arrières dirigées vers l’avant et accolées au tronc. Une ceinture est placée autour du patient, à la hauteur des genoux et ensuite resserrée. Les tarses (chevilles) sont soulevés (rouleau de diachylon sous le calcanéum) de plus ou moins 5 cm. La radiographie est prise dans cette position, position qui permet de bien visualiser le rebord acétabulaire dorsal (figure ci-dessous :#2) et d’en mesurer sa pente (figure ci-dessous : B).
La palpation et les mesures de l’AR et de la pente acétabulaire ont été effectuées trois fois par trois vétérinaires, selon le protocole précédemment décrit, de façon à déterminer si les résultats obtenus sont similaires d’un manipulateur à l’autre.
Conclusions de la phase 1
La méthode d’Ortolani et la mesure de l’angle de réduction sont faciles à réaliser et les valeurs mesurées sont similaires entre les manipulateurs de telle sorte que les valeurs de référence de l’angle de réduction obtenues peuvent être utilisées par différents praticiens, et comparées aux leurs, avec une marge d’erreur non significative.
La projection radiographique du rebord acétabulaire dorsal (RAD) est relativement facile à réaliser et les valeurs de la pente acétabulaire mesurées par le praticien doivent être interprétées avec une marge d’erreur de ± 3 degrés par hanche, par rapport aux valeurs de référence ci-dessous.
Phase 2
Matériel et méthode
Les valeurs de l’angle de réduction et de la pente acétabulaire ont été mesurées à l’âge de 6 mois, sur soixante-dix-huit (78) chiens de race Bouviers bernois, Labradors retrievers et Labernois appartenent à la Fondation Mira. Des radiographies conventionnelles (OFA) et de stress (PennHIP) du bassin ont aussi été réalisées. Soixante et onze (71) chiens ont été réévalués et radiographiés à l’âge de deux ans, puis ensuite classés dysplasiques ou non dysplasiques en fonction de l’apparence radiologique de leur bassin.
Les différentes procédures diagnostiques ont été comparées afin de déterminer la (ou les) technique(s) la (ou les) plus efficace(s) dans la détection précoce de la dysplasie de la hanche.
Résultats préliminaires de la phase 2
L’angle de réduction (AR), mesuré à l’âge de 6 mois, à partir de la méthode d’Ortolani, s’est avéré la technique la plus efficace dans le diagnostic précoce de la dysplasie de la hanche chez le groupe de chien étudié.
Plus l’angle de réduction et/ou la pente acétabulaire sont élevés, plus grandes sont les chances que cette hanche développe de l’arthrose. L’inverse est aussi vrai.
Conclusion de la phase 2
Ces deux techniques diagnostiques simples et pratiques (AR et RAD) peuvent être utilisées à 6 mois d’âge pour prévoir l’avenir des hanches d’un patient. Elles permettent, par conséquent, d’établir un plan thérapeutique précoce chez le patient à risque.
Présentations
La phase 1 du projet à été présentée par le docteur Benoit Charette, au congrès du American College of Veterinary Surgery (ACVS), à Chicago en 1998, et par le docteur Jacques Dupuis, au congrès de la Veterinary Orthopedic Society, à Val D’Isère, France, en 2000.
La phase 2 du projet à été présentée par le docteur Guy Beauregard, au congrès de la ‘Veterinary Orthopedic Society’ à Val D’Isère, France en 2000.
Articles scientifiques
Charette B, Dupuis J, Beauregard G, Breton L, Paré J. Palpation and dorsal acetabular rim radiographic view for early detection of canine hip dysplasia. Part 1:Standardization and measurement repeatability on six-month-old dogs. Vet.Comp.Orthop.Traum. 2001 ; 14 : 125-32.
