Robert Viau, Ph.D. neuropsychologie Noël Champagne, E.D., MA. Psy. ; DESAS., Psychologue Octobre 2004
Depuis des millénaires, l’homme et le chien vivent en compagnonnage. Le chien et l’humain se seraient réciproquement domestiqués. Cela est en partie du au fait qu’ils sont tous deux des êtres sociaux capables de mutuellement combler des besoins affectifs. Le chien est un excellent compagnon de travail et de jeu. En effet, il possède des qualités qui font de lui un collaborateur idéal pour certaines tâches telles que : la chasse, la recherche de personnes perdues, la détection des drogues, la protection et la surveillance, le guidage des personnes aveugles (chien-guide) et l’aide aux personnes ayant des déficiences motrices (chien d’assistance), etc.
Le chien est depuis longtemps utilisé comme moyen d’intervention auprès de populations très diverses telles que : les personnes âgées, handicapées physiques ou mentales, mésadaptées socio-affectives, prisonniers, etc. (Willis, 1997). Dès 1895, Florence Nightingale décrivait les vertus de la thérapie assistée par animaux auprès des patients gravement malades (Willis, 1997 ; Lack, 2000). Par contre, c’est depuis peu que l’on comprend de quelle façon le chien peut agir auprès de ces personnes. En effet, des études ont montré que la présence d’un chien permettait de stimuler les sphères psychosociale et biologique chez la personne qui profitait de sa présence.
Des études ont mis en évidence le fait que la présence d’un chien permettait d’établir et de maintenir la communication entre les intervenants et les malades dans les centres de soin. Elle permettait également d’augmenter la quantité et la qualité des interactions sociales. En outre, selon certaines études, les animaux de compagnie auraient un effet positif sur la santé physique et mentale en permettant de réduire l’anxiété et le stress. Ils seraient également une source de réconfort et de support ainsi qu’une source d’amour inconditionnel pour pratiquement tous les groupes d’âges.
1. L’attachement à un animal de compagnie
Il peut se créer des liens d’attachements puissants entre les humains et les animaux de compagnie aussi forts qu’entre humains. D’ailleurs ceux-ci peuvent parfois être aussi forts et même dépasser ceux créés entre humains. L’affection et l’attachement que certaines personnes vouent à leur animal de compagnie (chien ou chat) peuvent amener celui-ci à être considéré comme un membre de la famille. Il peut même devenir l’objet d’un amour inconditionnel. Triebenbacher (1998) a montré que la majorité des enfants de niveau primaire qui possédaient des animaux de compagnie étaient très excités de les retrouver lorsqu’ils revenaient de l’école. Ils croyaient que ceux-ci leur communiquaient de l’amour. Zasloff et Kidd (1994) ont montré que les jeunes femmes qui vivaient seule avec un chien étaient plus attachées à celui-ci que les autres qui vivaient simultanément avec un chien et d’autres personnes. Dans deux autres études, Barker et Barker (1988, 1990) ont montré que plus du tiers des propriétaires d’animaux de compagnie étaient plus près de leur animal que des membres de leur famille rapprochée. Finalement, l’étude de Berryman, Howells, et Lloyd-Evans (1985) a montré que les personnes âgées avaient tendance à considérer leur animal de compagnie comme un enfant.
2. Un catalyseur social
Presque toutes les études citées jusqu’à présent et celles qui le seront dans les sections suivantes mettent en évidence le fait que le chien exerce une attraction sur les gens. En effet, celui-ci facilite les contacts sociaux entre les humains. Certains chercheurs ont voulu explorer ce phénomène. Les études qui suivent ont tenté de mesurer d’une façon plus spécifique que les autres la force qu’exerce le chien en tant que catalyseur social.
Eddy et al. (1988) ont placé des adultes en fauteuil roulant avec et sans chien dans des endroits publics et ils ont enregistré les réactions des passants. L’analyse des résultats a montré que la simple présence d’un chien permettait aux personnes en fauteuil roulant d’augmenter de beaucoup leurs interactions sociales avec de purs étrangers. Mader et al. (1989) ont reproduit sensiblement la même expérience avec des enfants en fauteuil roulant. Ils ont obtenu des résultats comparables à ceux de l’étude précédente. En utilisant une approche qualitative, Camp (2001) a également obtenu des résultats semblables avec cinq personnes en fauteuil roulant et leur chien.
Rogers et al. (1993) ont étudié les interactions entre les personnes âgées vivant dans un parc de maisons mobiles aux État-Unis et les autres résidents de l’endroit. Ces chercheurs ont conclu que les personnes âgées qui possédaient un chien éprouvaient une plus grande satisfaction en ce qui concerne l’aspect social de leur vie.
Finalement, McNicholas et Collis (2000) ont mesuré la force de l’effet catalyseur du chien dans les interactions sociales. Deux expériences ont été conduites à cette fin. Dans la première expérience, un chien bien dressé à ne pas interagir avec les personnes a été utilisé. Dans la deuxième expérience, un autre chien bien dressé mais ayant une apparence négligée a été introduit. Les résultats ont montré que c’était lorsque le chien avait l’air bien dressé et soigné qu’il y avait le plus d’interactions entre son propriétaire et les étrangers. Cependant, les différences les plus significatives ont été observées entre les tests avec chien et ceux sans chien. Ces chercheurs en ont conclu que le chien exerçait une véritable force de catalyseur pour les relations sociales.
3. Les effets sur l’anxiété et le stress
Les animaux de compagnie exercent des effets bénéfiques sur l’anxiété et le stress. Les études présentées dans cette section ne sont pas les seules pour en témoigner. Elles ont été choisies parce qu’elles mettent bien en évidence ces deux problématiques.
Barker et Dawson (1998) ont étudié l’effet anxiolytique des animaux de compagnie (thérapie assistée par animal) sur des patients psychiatriques en milieu hospitalier. Ils ont comparé le niveau d’anxiété d’un groupe de patients après une thérapie assistée par animal et le niveau d’anxiété d’un deuxième groupe de patients après une activité de thérapie traditionnelle. Les résultats ont montré qu’il y avait une différence significative entre les deux groupes. Les patients qui avaient suivi la thérapie assistée par animal avaient un niveau d’anxiété plus bas que les autres. Ces auteurs ont donc conclu que les animaux de compagnie avaient un effet anxiolytique très important.
D’autres études ont montré que la plupart des propriétaires d’animaux de compagnie estimaient que leur animal avait amélioré la qualité de vie de la famille et leur qualité de vie personnelle en réduisant les tensions entre les membres de la famille et en augmentant la compassion de leur propriétaire pour les choses de la vie (Barker, 1993 ; Voith, 1985).
Le stress a des conséquences physiologiques mesurables. Plusieurs études montrent que des interactions positives avec un chien ont des effets sur ces mêmes conséquences. En effet, le simple fait de caresser un chien a des effets physiologiques importants et mesurables.
Selon Ganong (1995), le déclin de la pression artérielle lors des contacts entre les humains et les animaux suggère qu’il y a également un déclin de l’activité du système sympathique associée à une réduction du stress. D’ailleurs, pour Wilson (1991) la diminution de l’anxiété et du stress sont des indications qui permettent de voir des effets physiologiques.
Katcher et al. (1983) ont montré que la pression artérielle diminuait chez les humains lors des interactions positives avec un chien. Neer, Dorn, et Grayson (1987) ont également montré qu’il y avait une réduction de la pression artérielle (systolique et diastolique) chez les résidents d’un centre de soins lors d’une simple activité de visite avec un chien.
Par ailleurs, une étude conduite en Australie auprès de 5,700 personnes, par Anderson et al. (1992) a montré que les hommes qui possédaient un animal de compagnie avaient une pression artérielle systolique significativement plus basse ainsi qu’un niveau de triglycérides et de cholestérol sanguin plus bas que les autres. Cette étude a également montré que parmi les femmes âgées de plus de 40 ans, c’était celles qui possédaient un animal de compagnie qui avaient un niveau de pression artérielle systolique et un niveau de triglycérides sanguin plus bas que celles qui ne possédaient pas d’animaux de compagnie. Friedmann (1995) a été un peu plus loin dans ses investigations. En effet, lors des interactions entre les humains et les chiens, il a mesuré des changements au cours de l’enregistrement de certains paramètres physiologiques tels que : des changements de la pression artérielle (diastolique et systolique), du cholestérol sanguin, du triglycéride sanguin et de la conductance de la peau.
Odendaal (2000) a formulé l’hypothèse qu’il devrait être possible de mesurer la réponse de l’interaction positive entre les humains et les chiens par des changements dans les niveaux de certaines substances neurochimiques très spécifiques dans le sang. Chez les humains et les chiens, les 3-endorphines, l’ocytocine, la prolactine, l’acide phénylacétique et la dopamine augmentaient significativement. Le niveau de cortisol (l’hormone associée au stress) diminuait significativement chez les humains. Ces résultats ont été comparés à ceux obtenus par les participants lors de la simple lecture tranquille d’un livre. Il n’y avait pas de différences significatives dans les relevés neurochimiques entre la lecture tranquille d’un livre et l’interaction positive avec un chien à l’exception de l’ocytocine, de la prolactine et des 3-endorphines qui étaient plus élevées au cours des interactions avec le chien qu’au cours de la simple lecture tranquille d’un livre.
Dans une autre étude, Odendaal et Meintjos (2003) ont confirmé les observations de la précédente. Ils ont observé que durant les interactions positives entre les humains et les chiens, il y avait une augmentation de b-endorphine, ocytocine, prolactine, bphényléthylamine et dopamine autant chez les humains que chez les chiens. Tout comme dans l’étude précédente, le cortisol diminuait chez les humains alors qu’il demeurait stable chez les chiens.
4. Les effets cliniques
La présence d’un animal de compagnie a des effets cliniques importants. Comme il sera possible de le constater, il n’est pas nécessaire de posséder l’animal pour obtenir de tels effets sur le comportement et la santé. En outre, il semble que toutes les populations bénéficient de la présence d’un animal de compagnie. La seule condition préalable est qu’il faut aimer ces animaux.
L’utilisation d’un animal de compagnie dans un cadre thérapeutique se nomme : la thérapie assistée par animal. Dans cette section, cette expression sera utilisée avec parcimonie. Elle sera réservée aux études qui mettent en évidence le fait que l’animal a été utilisé dans le cadre d’une intervention clairement définie.
4.1 Effets sur les adultes
Garrity, Stallones, Marx, et Johnson (1989) ont montré que l’attachement à un animal de compagnie était relié à une diminution de la dépression chez les adultes âgés. Une autre étude a montré qu’un phénomène similaire existait chez des étudiants de niveau collégial (Folse, Minder, Aycock, et Santana, 1994). Cependant, il n’est pas nécessaire d’être propriétaire d’un animal de compagnie pour en retirer des bénéfices.
Une étude portant sur les visites d’animaux de compagnie dans les centres de soins a montré que cela améliorait de beaucoup les conditions de vie des personnes âgées. En effet, il a été possible d’observer que chez les personnes âgées, la visite régulière d’un chien ou d’un chat avait pour effets d’améliorer l’estime de soi, le sentiment de compétence sociale, l’intérêt, le fonctionnement psychosocial, la satisfaction de vivre, les besoins personnels, les fonctions mentales tout en réduisant la dépression (Francis, Turner, et Johnson, 1985).
D’autres études portant sur la visite régulière d’un animal en centres d’hébergement ont également montré que les personnes âgées augmentaient leur niveau d’interactions sociales en réponse aux interactions avec un chien (Pick, 1993 ; Taylor, Maser, Yee, et Gonzalez, 1993 ; Winkler, Fainiïfi Gericevich, et Long, 1989). Des résultats semblables ont été obtenus avec des personnes atteintes de la démence de type Alzheimer (Kongable, Buckwalter, et Stolley, 1989). Le potentiel thérapeutique des animaux de compagnie a également été observé avec d’autres populations psychiatriques telles que : les désordres dissociatifs, la démence de type Alzheimer, d’autres démences et maladies mentales chroniques (Arnold, 1995 ; Corson et Corson, 1978 ; Fritz et al., 1995 ; Hundley, 1991).
4.2 Effets sur les enfants
Katcher et Wilkins (1994) ont montré qu’il était possible d’obtenir de bons résultats en utilisant la thérapie assistée par animal avec des enfants qui étaient atteints d’importants troubles du déficit attentionnel et de comportement. Les résultats ont montré qu’il y avait une réduction des comportements d’agression et d’agitation, une augmentation de la coopération avec les éducateurs, une stimulation des enfants à apprendre et une amélioration du contrôle de la discipline dans la classe.
Dans une étude rétrospective, Barker et al. (1997) ont montré l’important rôle que jouaient les animaux de compagnie chez les enfants sexuellement abusés. Dans certains cas, l’animal de compagnie représentait le seul support affectif rapporté par ces enfants. Selon Nebbe (1998), les enfants sexuellement abusés qui avaient développé un fort lien d’attachement envers un animal de compagnie avaient moins de chances de devenir à leur tour abuseur sexuel que les autres qui n’avaient pas développé un tel lien. D’ailleurs, selon certains chercheurs, les enfants qui ont des animaux de compagnie semblent développer une plus grande empathie, une plus grande estime de soi ainsi qu’une image de soi plus satisfaisante que les autres (Poresky et Hendrix, 1990 ; Van Houtte et Jarvis, 1995).
D’autres études ont montré que la présence d’un animal dans des situations de soins de santé avait d’importants effets bénéfiques pour les enfants. En effet, la présence d’un chien pouvait réduire l’anxiété, donner un sentiment de sécurité à l’enfant ou plus simplement détourner son attention des soins en cours (Friedmann et al., 1983 ; Wells, 1998 ; Nagengast et al., 1993). D’ailleurs, la même situation a été observée chez les adultes (Katcher et al., 1984 ; Barba, 1995 ; Brickel, 1980 ; Voelker, 1995 ; Francis et al., 1985 ; Beck et al., 1986 ; Batson et al., 1995).
4.3 Effets sur l’autisme et les troubles envahissant du développement
Barker (1999) rapportait que Boris Levinson (un pédopsychiatre Canadien) utilisait son chien en thérapie avec les enfants. Levinson (1962) a observé que le chien permettait d’établir un lien de communication avec les enfants, leur procurait un sentiment de sécurité et accélérait le processus de thérapie. Il a également observé que le chien travaillait bien avec les enfants qui avaient des difficultés de langage, inhibés, autistiques, schizophréniques, obsessifs-compulsifs, etc.
Levinson a trouvé le chien tout particulièrement utile pour aider les enfants autistes. En effet, selon Levinson, le chien permettait aux enfants de renforcer leurs contacts avec la réalité. Campbell et Katcher, (1992) abondent également dans le même sens. Ils ont montré que le chien permettait aux enfants autistes de prendre conscience de leur environnement et ainsi d’augmenter leurs contacts sociaux avec le chien et le thérapeute.
Martin et Farnum (2002) ont montré que les enfants atteints de troubles envahissants du développement augmentaient le nombre d’interactions sociales en présence d’un chien. Ils ont mesuré de façon quantitative les interactions verbales et non verbales à caractères sociales et non-sociales entre les enfants et un thérapeute en présence d’une balle, d’un chien jouet et d’un vrai chien. Les résultats ont montré que les enfants démontraient plus d’enthousiasme au jeu, étaient plus concentrés et plus conscients de l’environnement social lorsqu’ils étaient en présence du vrai chien.
Conclusion
La recension des écrits a montré que les humains pouvaient développer de puissants liens d’attachement envers leurs animaux de compagnie. Les interactions avec ces derniers viennent souvent établir et maintenir des liens affectifs chez les personnes âgées, les adultes et les enfants. La recension des écrits a également mis en évidence le fait que les interactions positives avec un animal de compagnie (notamment un chien) a une influence sur la santé physique et psychologique des humains. Par exemple, la présence d’un chien permet de réduire les facteurs de risques associés aux maladies cardiaques et vasculaires tels que la pression sanguine, le cholestérol, etc. De plus, elle permet de réduire l’anxiété, le stress et les risques d’être atteint de maladies mentales telle que la dépression nerveuse.
La recension des écrits permet de voir que les animaux de compagnie exercent beaucoup d’effets positifs sur les enfants. En effet, la présence d’un chien ou d’un chat permet d’aider les enfants sexuellement abusés en leur fournissant un support affectif. Elle permet également d’aider les enfants atteints de graves pathologies du comportement telles que les troubles envahissant du développement notamment l’autisme en leur permettant de mieux prendre contact avec leur environnement lors de sessions de thérapie. Cependant, il n’y a pas véritablement d’études qui montrent les effets spécifiques des chiens sur les comportements de ces enfants à long terme dans les activités de la vie quotidienne.
La perspective de recherche appliquée aux relations entre les humains et les chiens apparaît donc comme étant un domaine d’activité où il y a encore beaucoup à faire pour mieux comprendre les interactions entre les humains et les chiens.
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